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Interventions non médicamenteuses #1. Se souvenir des belles choses : la thérapie par réminiscence

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Il n’existe pas actuellement de traitement médicamenteux curatif de la maladie d’Alzheimer ou des maladies apparentées. Pour autant, cela veut-il dire qu’il n’y a rien à proposer ? Non bien sûr ! Il ne faut pas confondre guérir et prendre soin. Ainsi il existe plusieurs types d’interventions non médicamenteuses. Nous avons choisi aujourd’hui de vous parler de celles-ci et de vous en présenter une en particulier : la thérapie par réminiscence.  

I. Exemples d’interventions non médicamenteuses

Le terme de maladie est trompeur car dans l’esprit de beaucoup de gens, une maladie se soigne par des médicaments. Aussi, en ce qui concerne la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées, nous militons pour l’emploi de l’expression « handicap cognitif ». En effet, un handicap ne se guérit pas mais on peut essayer de le compenser, notamment par des interventions non médicamenteuses.

Les interventions non médicamenteuses visent à améliorer la qualité de vie des malades mais aussi de leurs aidants. Parmi les objectifs recherchés on peut citer :

  • Maintenir ou améliorer la qualité de vie
  • Ralentir le déclin des capacités cognitives
  • Réduire le stress
  • Prévenir ou réduire des troubles du comportement perturbateurs
  • Préserver l’autonomie fonctionnelle (alimentation, toilette, habillage, déplacements…)
  • Retarder l’institutionnalisation
  • Soulager les aidants et préserver leur santé mentale aussi bien que physique

On distingue 7 grandes catégories d’intervention. Pour chacune de ces catégories nous allons vous donner un ou plusieurs exemples d’interventions.

1. Les interventions psycho-sociales 

La thérapie par réminiscence dont nous allons vous parler aujourd’hui fait partie de ces interventions. Elle est basée sur l’évocation de souvenirs anciens autobiographiques.

L’art-thérapie ou bien encore l’utilisation des jeux (dont nous vous avions parlé ICI) font aussi partie des interventions psycho-sociales.

2. Les interventions basées sur l’environnement

On peut citer ici les jardins thérapeutiques (ou hortithérapie) ou bien encore la médiation animale. Dans ce type d’intervention, il s’agit d’interagir avec le malade en modifiant son environnement.

3. Les approches sensorielles

Elles permettent de stimuler le patient en mobilisant ses sens, comme par exemple :

  • L’ouïe (ex : musicothérapie. Nous vous avions parlé de l’intérêt de la musique dans cet article ICI)
  • La vue (luminothérapie)
  • L’odorat (aromathérapie)

Il existe aussi des méthodes de stimulation pluri-sensorielle comme la méthode Snoezelen, qui fera sans doute l’objet d’un autre article.

4. La stimulation cognitive

Elle vise à exploiter les capacités résiduelles de votre proche. D’abord, citons les ateliers mémoire; ils se pratiquent généralement en groupe. La revalidation cognitive quant à elle est une approche individuelle qui permet de proposer une prise en charge individualisée pour limiter le risque de mise en échec, ce que ne permet pas toujours l’approche en groupe.

5. Les activités motrices

Elles ciblent différentes composantes de la fonction motrice comme l’équilibre, la mobilité ou la force.  De plus, leur grand avantage est qu’elles peuvent être proposées à tous les stades de sévérité de la maladie. On retrouve par exemple dans cette catégorie les séances d’activité physique adaptée ou les ateliers équilibre.

6. La gérontotechnologie

Citons ici les robots sociaux ou compagnons conçus pour interagir avec les humains en réponse à certains stimuli. On a aussi dans cette catégorie les jeux vidéo ou serious games car ils ont une finalité autre que simplement récréative comme par exemple une amélioration de l’autonomie.

7. Les prises en charges basées sur l’entourage

N’oubliez pas que vous êtes impactés par la maladie de votre proche mais aussi essentiels dans son projet de soin.  Les prises en charge basées sur l’entourage peuvent être multiples. Par exemple, il peut s’agir de programmes psycho-éducatifs tels que les propose Haltemis, qui apportent à la fois conseil et soutien.

Toutes les interventions citées ci-dessus sont pratiquées par du personnel formé (par exemple, en accueil de jour ou en EHPAD) et peuvent être proposées à titre individuel ou en groupe. Les aidants peuvent aussi s’approprier certaines techniques pour les réaliser à la maison avec leur proche. Bien entendu, elles ne doivent jamais être imposées au patient.

II. La thérapie par réminiscence

1. Qu’est-ce c’est ?

La réminiscence est « un processus volontaire ou involontaire, de remémoration de souvenirs personnels du passé, issus de la mémoire autobiographique et qui peut être réalisée de façon individuelle ou en groupe ».

C.Talbot-Mahmoudi d’après Bluck et Levine

La thérapie par réminiscence est basée sur l’évocation de souvenirs anciens autobiographiques du sujet, relativement préservés au cours de la maladie d’Alzheimer, même à des stades avancés d’atteinte cognitive. L’objectif est d’utiliser la capacité à rappeler des événements survenus il y a longtemps, même lorsque la mémoire à court terme est défaillante.


Focus : La mémoire autobiographique

La mémoire autobiographique fait partie de la mémoire à long terme. On distingue deux types de mémoire autobiographique : la mémoire épisodique et la mémoire sémantique. 

La mémoire épisodique permet le stockage et la récupération d’informations personnellement vécues. C’est une sorte d’album photos personnel. Ex : souvenirs de l’école, de vacances, d’événements familiaux marquants (mariage, naissance…).

La mémoire sémantique se rapporte aux faits qui existent indépendamment de l’expérience personnelle. Elle est souvent associée à la signification des mots. Elle fait référence à notre culture générale, à notre mémoire des mots et des concepts mais aussi des événements publics. C’est comme une forme d’encyclopédie personnelle. Ici les informations sont stockées indépendamment de leur contexte. Par exemple, vous connaissez l’année de la révolution française ou encore la signification du mot table mais par contre vous ne pouvez pas préciser le moment ou le contexte dans lequel vous avez appris ces informations. 

Au total la mémoire autobiographique permet à chaque individu de conserver des traces du passé qui lui sont propres : épisodes importants de la vie, lieux, visages et voix des personnes familières, images, mélodies, odeurs, saveurs perçues et même émotions éprouvées dans le passé.


2. Comment fait-on de la thérapie par réminiscence?

En pratique, ce travail sur les souvenirs autobiographiques se fait au cours de séances régulières (ex : hebdomadaires) en groupe ou de façon individuelle. Différents media peuvent être utilisés comme supports susceptibles de favoriser la récupération de souvenirs personnels que l’on croyait oubliés:

  • Photographies, diapositives,
  • Vidéos,
  • Enregistrements,
  • Objets, personnels ou non,
  • Musique ou chansons

La séance doit se dérouler dans un endroit calme. Il est important d’avoir en tête que le plaisir et le bien-être sont primordiaux : ainsi, on ne cherchera pas à raviver des souvenirs douloureux. La spontanéité est recherchée. C’est pourquoi on n’utilise pas nécessairement une approche chronologique. Attention à ne pas reformuler à tout bout de champ ou à réinterroger : le rôle de l’accompagnant est un rôle de soutien et de facilitateur de libération de la parole. 

3. Quels sont les effets attendus ?

  • La thérapie par réminiscence permet de diminuer l’isolement et de favoriser la socialisation grâce à la communication. 
  • Elle améliore l’estime des malades qui retrouvent la sensation d’avoir quelque chose d’intéressant à dire.
  • Enfin, elle favorise la vigilance.

4. Exemples applicables avec votre proche

Même si les ateliers réminiscence sont souvent réalisés en établissements sanitaires ou médico-sociaux par du personnel soignant, vous pouvez vous aussi réaliser des séances individuelles avec votre proche.

Vous pouvez vous focaliser sur un événement en particulier pour alimenter la conversation. Par exemple, le Tour de France qui vient de démarrer peut être un bon vecteur. Pourquoi ne pas utiliser une vidéo comme celle-ci, sur le site de l’INA, qui retrace l’aventure du Tour de France? Vous pouvez demander à votre proche quels souvenirs il a du Tour de France, ou bien encore s’il l’a déjà vu passer. A la télé, vous pouvez aussi lancer la conversation sur différents points d’intérêt géographiques traversés par le Tour de France. 

« Tu te souviens la cathédrale de Reims, nous l’avions visitée pendant ce séjour chez nos amis ? » 

(D’ailleurs ne manquez pas les étapes de Reims : les 8 et 9 juillet !)


Autre idée que vous pouvez utiliser avec votre proche : créer une boîte souvenirs. Toutes les formes et toutes les matières peuvent être utilisées. La boîte peut aussi être décorée. Cette boîte n’est d’ailleurs pas nécessairement une boîte : ça peut être également un sac qui a une valeur sentimentale, comme un ancien sac à mains. 

Remplissez cette boîte avec des éléments qui sont chargés d’émotion, de sens, d’histoire. Le but n’est pas d’établir une vérité objective mais de faire plaisir à votre proche en le valorisant. Vous pouvez ainsi aider votre proche à sélectionner les éléments qui vont remplir la boîte : 

  • photos (personnelles ou photos d’époque), 
  • documents (faire-part, carte postale, diplôme…), 
  • objets familiers qui évoquent un souvenir particulier, un métier ou une passion… 
  • odeur (vous pouvez par exemple vaporiser le parfum préféré de votre proche sur un mouchoir en tissu)
  • playlist musicale…

Soyez imaginatifs !

Et souvenez-vous : ne vous focalisez pas sur les pertes de votre proche mais plutôt sur toutes ses capacités restantes.

A la semaine prochaine, et d’ici là, prenez soin de vous !

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