Jeu et maladie d’Alzheimer : à vous de jouer!

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Jeux de petits chevaux - Jeu et Maladie d'Alzheimer

Chaque année, le 28 mai est la journée mondiale internationale du jeu (World Play Day). L’occasion pour nous de vous parler de l’intérêt du jeu à tout âge et en particulier dans la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées (MAMA).

Tordez le cou aux idées reçues !

A première vue, on aurait souvent tendance à associer jeu et enfance, et à conférer à celui-ci un caractère futile. Pourtant, de plus en plus d’études tendent à démontrer l’intérêt du jeu, à tout âge :

  • Celui-ci permet de se détendre et contribue au bien-être et à l’amélioration de la qualité de vie.
  • C’est un divertissement qui permet d’échapper à l’ennui face au manque de stimulation.
  • Il génère du lien social voire des interactions intergénérationnelles, par exemple entre grands-parents et petits enfants.
  • Le jeu permet de redonner une place sociale. Il ne faut pas négliger le besoin de se sentir utile. A ce titre, le jeu peut être une activité qui fait sens car chaque joueur a justement un rôle à jouer.
  • En conséquence, il valorise l’estime de soi et favorise la confiance en soi.
  • Enfin, il permet de stimuler les capacités préservées et de favoriser l’autonomie.

Chez les patients présentant une MAMA, le jeu peut s’inscrire dans une approche thérapeutique non médicamenteuse. Il peut alors être utilisé dans une optique de rééducation des fonctions cognitives altérées. C’est une option à tenter pour éviter la survenue de troubles du comportement (anxiété, agitation, agressivité…) ou les limiter.

Quel jeu proposer à votre proche s’il présente la maladie d’Alzheimer ?

Plutôt que de parler du jeu au singulier, il faudrait plutôt parler DES jeux. Il existe en effet plusieurs catégories de jeux.  

Les ludothèques se basent très souvent sur le système ESAR qui permet de classer les différents jeux et jouets. Ce système de classement a été créé par Denise Garon en 2002 ; il est directement inspiré des travaux de Jean Piaget sur la psychologie du développement. Ce système regroupe ainsi l’ensemble des objets ludiques en 4 grandes catégories :

  1. Les jeux de règle  
  2. Les jeux symboliques  
  3. Les jeux de construction
  4. Les jeux d’exercice 

Chaque catégorie de jeux sollicite un type d’intelligence différent. Ceci vous permet, selon l’évolution de la maladie de votre proche de proposer des jeux s’adaptant au mieux à ses capacités.

Voyons maintenant un peu plus en détail les différents types de jeux que vous pouvez proposer :

1. Les jeux de règle

Ce sont ceux auxquels vous pensez peut-être en premier lorsqu’on évoque le jeu. Ils sont plus connus sous le terme de jeux de société. Souvent, ce sont ceux que les aidants ont tendance à proposer spontanément car ils leur paraissent adaptés à un adulte.

Néanmoins, ce ne sont pas les plus adaptés chez les personnes qui présentent des troubles cognitifs car ils font appel au raisonnement. Or cette fonction cognitive est rapidement impactée dans l’évolution de la maladie. Il devient alors difficile pour votre proche de comprendre et de respecter les règles. Ceci peut induire une mise en échec.

Or le but recherché est plutôt de se placer dans un mode sans échec. Vous pouvez alors vous sentir obligé de simplifier les règles et de rester auprès de votre proche pour l’aider. Ceci ne favorise pas l’autonomie et peut induire une perte de confiance. 

Pour éviter ces désagréments, voici quelques astuces :

  • Privilégiez les supports surdimensionnés et les images facilement visibles (bien contrastées, assez grandes)

Si vous êtes bricoleurs, vous pouvez vous aussi fabriquer vos propres jeux. Voici quelques exemples dans cette vidéo. Pensez aussi au recyclage des bouchons en plastique des bouteilles d’eau ou de lait pour créer différentes jeux (memory, numéros de loto ou encore pions de jeux). Soyez créatifs!

  • Choisissez des jeux avec des consignes simples. Dans l’idéal, des jeux dont on comprend les règles juste en les regardant, comme par exemple les jeux d’estaminet.

2. Les jeux symboliques

« Objets ludiques qui permettent au joueur de reproduire ou d’inventer des actions, des situations, des événements, des scènes selon son imagination en s’inspirant de la connaissance et de la compréhension qu’il a de la réalité » FM2J, 2009

Parmi les jeux symboliques utilisés et étudiés chez les sujets âgés, on retrouve par exemple les poupées d’empathie, les peluches d’animaux (voire les robots compagnons) ou bien encore les déguisements. Les jeux faisant appel au dessin, à la sculpture ou à d’autres formes d’art font également partie de cette catégorie.

Là encore, il ne s’agit pas d’infantiliser votre proche mais de proposer des objets qui font sens pour lui et qui sont immédiatement maîtrisables. Ils permettent à votre proche d’exprimer des sentiments, de libérer des tensions. Ils offrent la possibilité de contrôler les gestes et les émotions, de mettre en pratique des apprentissages anciens et de mobiliser le langage.  Bien entendu, comme tous les jeux ils ne doivent pas être imposés à votre proche mais laissés à disposition en accès libre.

Voici quelques exemples de jeux symboliques :


3. Les jeux de construction ou jeux d’assemblage

Cette catégorie regroupe là aussi des formes variées de jeux : jeux de construction pour réaliser des structures en 3 dimensions, jeux d’agencement de type puzzle, jeux où il s’agit de classer, trier, ordonner…

L’un des principaux intérêts de ce type de jeux auprès des personnes qui ont une maladie d’Alzheimer, c’est qu’ils peuvent s’adapter à leurs compétences car ils peuvent facilement être détournés en fonction de celles-ci. Par exemple, votre proche peut très bien décider de ne pas suivre le modèle représenté sur la boîte du jeu mais de laisser libre cours à ses envies ou à sa création. Il faudra par contre veiller à ce que la motricité fine (pince pouce-index, agilité) et la coordination œil/main soient suffisantes pour que votre proche puisse manipuler les pièces de façon optimale. 

Quelques exemples de jeux d’assemblage :


4. Les jeux d’exercice

Ces jeux font appel à l’intelligence sensorielle et motrice et ils sont adaptés à tous les publics, y compris les personnes qui sont à un stade avancé de la maladie d’Alzheimer.

Objets sensoriels (sonores, visuels, tactiles, olfactifs), objets de manipulation simple ou objets de motricité : ici aussi le choix est large. La répétition est fortement mobilisée dans ce type de jeux car elle permet au joueur de renouveler les expériences de façon immédiate mais en obtenant des effets qui peuvent être différents, ce qui l’incite à reproduire à nouveau l’expérience pour tenter de la maîtriser et en comprendre la causalité.

A retenir :

Quel que soit le jeu que vous présenterez à votre proche, essayez de garder en tête ces 5 points :

1. Faites vôtre la citation de Maria Montessori : « Aide moi à faire seul ». Un jeu adapté est un jeu dans lequel votre proche est capable de maîtriser l’objet sans votre aide ou avec une aide limitée. Si votre proche est en difficulté, proposez-lui de changer de jeu en l’orientant vers une compétence plus basse plutôt que de l’aider ou de faire à sa place.


2. N’hésitez pas à proposer à votre proche plusieurs jeux en accès libre (par exemple, 1 de chaque catégorie) pour qu’il choisisse celui qui l’attire le plus. Pour que la proposition soit claire pour votre proche, ne présentez pas trop d’objets à la fois. Vous pouvez aussi disposez les jeux en « invitation à jouer » (Périno 2014), c’est-à-dire comme s’ils étaient déjà en cours d’utilisation : disposez les pièces sur le plateau de jeu, ébauchez un début de construction pour les jeux d’assemblage…


3. Prévoyez un « cadre » pour jouer : choisissez une pièce calme, où vous ne serez pas dérangés. 


4. Le temps est un élément important. D’abord choisissez un moment où vous êtes complètement disponible. Ensuite fixez une limite de temps de jeu en tenant compte de la fatigabilité de votre proche (durée idéale max de jeu entre 45 minutes et 1 h).


5. Enfin, la répétition et les habitudes offrent un cadre sécurisant aux personnes qui présentent une maladie d’Alzheimer. Quand vous aurez trouvé le ou les jeux qui plaisent à votre proche, instaurez un rituel en programmant cette séance ou ces séances (idéalement 2) hebdomadaire(s) de jeux dans votre agenda. Changez progressivement de jeux, toutes les 7 semaines environ (C.Gueyraud et al, in Gérontologie et société 2017)

Vous voilà prêts pour le World Play Day !

On vous dit à la semaine prochaine, et d’ici là prenez soin de vous et jouez bien !

A noter : nous n’avons aucun lien d’affiliation avec les sites commerçants cités dans cet article.

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